La création et l’accompagnement humain d’un collectif – Regards croisés de deux Feel Good Managers de la Villa


A l’ère d’une véritable révolution numérique transformant le monde du travail en profondeur, « agilité », « innovation » et « capacité d’adaptation » apparaissent comme des maîtres mots à apprivoiser. C’est dans ce contexte que Sofrecom, filiale d’Orange qui accompagne la transformation digitale et le développement de ses clients, a tenu à partager sous la forme de livre Blanc les leviers et les bonnes pratiques pour comprendre et accompagner la transformation digitale.

Dans le cadre de la création de ce livrable, Ava Virgitti, ancienne Feel Good Manager de la Villa, et Magali Lahourcade-Siccardi, actuelle Feel Good Manager au sein de la Villa, ont analysé le nouveau rôle du manager et l’importance de l’accompagnement humain des collectifs. Cette analyse croisée est également l’occasion d’une description concrète du fonctionnement et des objectifs de la Villa Bonne Nouvelle, véritable laboratoire vivant.

Livre Blanc Sofrecom MWC 2018 « Impact du digital sur l’évolution des organisations »

Chapitre 2 : Environnement et postes de travail, nouveaux leviers de motivation

L’expérience Villa Bonne Nouvelle

Interviews croisées d’Ava Virgitti, Feel Good Manager de la Villa jusqu’en juin 2017, actuellement chef de projet expérience salarié RH Orange, et de Magali Lahourcade-Sicardi Feel Good Manager RH Orange au sein de la Villa depuis aout 2017.

Le digital et les attentes de la nouvelle génération transforment les schémas classiques du travail. Pour comprendre ces mutations et expérimenter le travail de demain, Orange a lancé la Villa Bonne Nouvelle à Paris. Dans ce laboratoire vivant de l’innovation RH du Groupe, une soixantaine de résidents internes et externes expérimentent, le temps d’une saison, avec une approche de « test and learn » les conditions du travail ouvert et flexible. Objectif : diffuser de nouvelles pratiques collaboratives pour soutenir la promesse d’employeur « digital et humain » d’Orange.

Quelle est la vocation de la Villa Bonne Nouvelle, lancée en 2014 ?

Ava Virgitti : La Villa Bonne Nouvelle est un laboratoire vivant de la transformation culturelle des collaborateurs d’Orange : un incubateur des nouveaux modes de travail qui évoluent vers plus de décloisonnement, de flexibilité et basculent vers une culture du faire. Ce lieu d’expérimentation et d’apprentissage analyse l’évolution du travail autour de cinq dimensions : la relation au temps, à l’espace de travail, à la collaboration, au management et à l’ouverture sur l’extérieur.

Magali Lahourcade-Sicardi : Les équipes d’Orange travaillent de plus en plus en mode projet. Mais il est compliqué de collaborer lorsqu’on ne se connait pas ou qu’aucun lien hiérarchique ne nous lie. Vitrine de l’innovation RH d’Orange, la Villa expérimente, sous le regard d’experts en ressources humaines et en sociologie des organisations, de nouveaux modes de travail et de nouvelles pratiques collaboratives et managériales en plaçant l’humain au cœur de la démarche.

 

 

Quelles sont les spécificités de ce laboratoire sur les espaces de travail de demain ?

Ava Virgitti : Au moment de sa création, ce lieu de 350 m2 s’affirmait comme un espace disruptif : ouvert, sans mur, vide, avec uniquement deux zones communautaires fixes : une cuisine et un espace salon. Pour le reste, ce sont les résidents qui s’approprient et font le lieu en l’organisant à leur gré avec du mobilier modulable et reconfigurable.

La Villa est ouverte du lundi au samedi. Elle fonctionne suivant des règles atypiques : sans horaire de travail fixes, sans contrôle de présence, sans dress-code, sans aucun bureau fermé. Elle est ouverte à des « guests » qui viennent collaborer pour un ou plusieurs jours. Tout est conçu pour fédérer le collectif et faciliter les rencontres, la seule contrainte étant l’engagement dans le collectif.

 

 

Comment fonctionne la Villa Bonne Nouvelle ?

Ava Virgitti : La Villa accueille le temps d’une saison, soit une année scolaire, une soixantaine de résidents. Ce sont pour moitié des collaborateurs Orange qui viennent se frotter à des startupers, des free-lances, des artistes, des associations impliqués dans des problématiques liées à la thématique de la saison. Tous viennent pour vivre une aventure collective.

La Villa a déjà vécu quatre saisons : la première, lancée en mode pilote sans aucune règle, a mobilisé une équipe des RH et diverses équipes projet d’Orange France. La saison 2 a expérimenté le rôle du Feel Good Manager dans un espace qui n’arrivait pas à fonctionner en auto-gestion. Elle a également travaillé sur l’évolution de la posture managériale et le retour des résidents à la réalité du Groupe après une saison d’immersion à la Villa. La saison 3 était dédiée au collaboratif.

Magali Lahourcade-Sicardi : La saison 4, en cours, est placée sous le thème « business and happiness ». Les résidents externes sont des personnes investies sur les questions de qualité de vie au travail, d’accompagnement à la transformation culturelle des entreprises, de coaching après un burn-out, et ont été recrutées soit pour leur projet, soit pour leurs compétences, soit pour leur personnalité. Nous travaillons cette année sur deux expérimentations. L’une, menée par un  collaborateur Orange qui effectue une thèse avec le CNAM sur le thème des compétences expérientielles : quelles compétences les collaborateurs acquièrent-ils au sein de la Villa ? Comment le regard des autres révèle nos propres compétences ? Quel rôle le collectif et le collaboratif jouent-ils sur cette question ? L’autre expérimentation porte sur les liens entre qualité de vie au travail et performance. L’idée est de définir un protocole d’analyse qui nous permette de comprendre et de mesurer les invariants et les irritants sur les questions de qualité de vie au travail et de performance. Qu’est-ce qui suscite mon engagement au quotidien dans mon travail ? Quels sont les leviers de ma performance et pourquoi ? Et enfin, qu’est-ce qui pourrait freiner ma motivation et comment l’éviter.

 

 

Pourquoi la Villa a-t-elle décidé d’intégrer un Feel Good Manager un an et demi après sa création ?

Ava Virgitti : Dans la littérature, la fonction de Feel Good Manager est souvent assimilée au sujet du bien-être et du bonheur travail. Dans l’expérience Villa Bonne Nouvelle, nous l’avons orientée sur deux missions. D’une part, fédérer et animer le collectif qui n’est pas inné. Mon rôle consistait à faciliter et accompagner l’appropriation de cet espace de travail disruptif ; à aider des personnes de générations, d’histoires, de cultures différentes à se connecter entre elles, à partager. Pour cela, j’ai mis en place des rituels (interventions, ateliers d’inspiration…) afin de libérer la parole, d’inciter les résidents à faire des feed-backs sur le vécu de leur expérience, de définir des règles de vie en collectivité (conf-call…), d’aider un résident à trouver une expertise en créant une market-place de compétences. C’est un rôle transversal polyvalent d’animation de l’intelligence collective et de la co-construction à l’aide de méthodes agiles et du design thinking.

Magali Lahourcade-Sicardi : La seconde mission du Feel Good Manager est la diffusion des bonnes pratiques collaboratives et managériales au sein du Groupe.Je suis régulièrement amenée à conseiller des entités d’Orange non impliquées dans la Villa Bonne Nouvelle en les  accompagnant dans la transformation de leurs modes de travail. Cela peut passer par de l’accompagnement pour de futurs « Feel Good Managers » ou par des missions de conseil dans le cadre de l’aménagement de nouveaux espaces de travail. Par exemple, cette année nous sommes force de proposition pour le projet Bridge, le nouveau siège social d’Orange à Issy-les-Moulineaux, qui rassemblera toutes les entités supports et des entités opérationnelles du Groupe. Nous accueillons aussi énormément de visiteurs – équipes projet ou codir – en quête d’inspiration.  Notre ambition est de faire de la Villa Bonne Nouvelle un « Feel Good Hub » pour l’ensemble du groupe Orange en partageant nos bonnes pratiques et nos retours d’expérience, notamment via la page web que nous venons de lancer (https://startup.orange.com/fr/la-villa-bonne-nouvelle/).

 

Quels enseignements tirez-vous de quatre années d’expérimentation ?

Ava Virgitti : Nous avons fait le constat qu’il n’y a pas de collaboration possible sans collectif fort. Pour construire, les personnes doivent aller à la rencontre les unes des autres et partager. A l’heure où l’on parle d’engagement, c’est le lien social, une notion très « humaine », qui incite le salarié à se lever le matin pour venir travailler et qui fait la richesse de son engagement, bien plus que le projet ou la vision de son entreprise. C’est le fait que le travail ne se limite plus à la sphère strictement professionnelle mais devient polymorphe permettant au salarié d’adopter plusieurs postures dans sa journée de travail.

 

Magali Lahourcade-Sicardi : Deuxième constat : un espace de travail bien pensé, associé à un collectif bien animé, participe au bien-être du collaborateur et à la performance de l’entreprise. L’organisation de l’espace physique de la Villa laisse le choix entre une grande diversité de postures de travail (assis, debout, sur une table, dans la cuisine, dans le salon…). Elle permet aux résidents de créer du lien social, de libérer leur initiative et leur créativité avec, à la clé, des gains de temps et d’efficacité, des échanges plus agiles, une information plus circulante, un engagement accru dans les projets et une meilleure efficacité individuelle et collective. Ces évolutions modifient également la posture du manager qui est moins dans la commande et le contrôle et davantage dans l’accompagnement de ses collaborateurs. Autant d’éléments qui font de la Villa Bonne Nouvelle un espace « capacitant » source de performance collective et individuelle.

 

 

 

 

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