[VivaTech] Les stars de la Stage One : le monde de la Tech raconté par ses visionnaires


L’aura des vedettes de Viva Technology grandit à chaque édition. En plus d’une allocution d’ouverture par le président français Emmanuel Macron, la scène principale de l’événement a accueilli un nombre sans précédent de leaders de l’innovation. Revenons ensemble sur ce qu’il y a de meilleur à retenir de cet événement auréolé de célébrités, qui a fait la part belle à l’intelligence artificielle et aux engagements à changer le monde.

Un accueil présidentiel réservé à l’écosystème, en France comme à l’international

Pour la 3e année consécutive, le président français Emmanuel Macron a montré son engagement pour faire de Viva Technology le rendez-vous mondial de l’innovation, alliant les nouvelles technologies à la vision d’un monde meilleur. Dans son discours introductif, il a souligné que « ce que nous sommes en train de faire est indispensable en France », rappelant à l’auditoire la « multitude de start-up dynamiques qui transforment le pays, à Paris et dans les régions ». Le Président de la république a également attiré l’attention sur les « 2,5 milliards d’euros investis dans French Tech en 2017, un nombre multiplié par cinq en un an » et que « nous sommes en train, grâce à la mobilisation de la BPI, de rattraper le retard » – faisant notamment référence au « champion IoT » Actility et à ses 75 millions d’euros levés. « C’est vous, les start-up, les PME et les grands groupes, qui avez la solution. »

Enfin, Emmanuel Macron a évoqué les différentes perturbations qui accompagnent la croissance technologique, rappelant la nécessité d’aider la société à s’adapter. Il a spécifiquement mentionné l’intelligence artificielle (IA), déclarant : « Je crois en l’IA – j’ai présenté des initiatives pour soutenir son développement et il y a ici un fort engagement envers cette technologie. Nous devons élaborer une réglementation. »

« L’IA et le Machine Learning sont fondamentalement bons pour l’humanité »

Comme l’ont noté Maurice Lévy et l’ancien président exécutif de Google, Eric Schmidt, dans leur « discussion au coin du feu », le mot « IA » paraît en lice pour remporter le prix du mot le plus utilisé à Viva Technology 2018. Eric Schmidt a noté que l’innovation digitale a radicalement changé avec le Machine Learning : « À l’époque où je programmais, de manière algorithmique, je devais écrire précisément ce que l’ordinateur devait faire ; le nouveau modèle vous permet aujourd’hui de former l’ordinateur. » Eric Schmidt a articulé sa vision globalement très positive de l’IA, affirmant que « l’IA et le Machine Learning sont fondamentalement bons pour l’humanité. Ces technologies rendent chaque citoyen plus intelligent, tous niveaux d’éducation confondus ; elles aident à vivre plus longtemps, à rendre les systèmes sociaux plus fluides. Rendre les gens plus intelligents est éminemment positif ! » En attendant que l’IA atteigne un niveau de précision extrêmement élevé, estime-t-il, sa principale application sera de servir d’assistant aux humains – en somme, « l’intelligence artificielle n’est pas vouée à vous remplacer, mais à vous rendre plus intelligent ».

IBM entrevoit un avenir aux accents de révolution

Cette vision positive a été reprise par la PDG d’IBM, Gina Rometty, dont l’allocution était dédiée à « l’impact exponentiel » de l’intelligence artificielle. Notant avec approbation l’utilisation du mot « révolution » par Emmanuel Macron dans sa description de l’écosystème, Gina Rometty estime que « nous sommes à un instant unique, d’une importance immense : un instant où, au lieu de se suivre, de profonds changements technologiques et commerciaux se produisent simultanément ». Sa propre entreprise constitue un exemple de réinvention autour des données et de l’IA, non seulement pour dépasser la compétition sur le plan de l’apprentissage (out-learn) « mais pour faire des choses qui bénéficient à la société ». Un impact exponentiel, selon elle, ne peut se produire que si la société accorde sa confiance aux nouvelles technologies. C’est pourquoi, dit-elle, IBM articule sa vision de l’IA autour de trois principes : l’IA doit viser à améliorer les êtres humains, non les remplacer ; les données et les applications qui en découlent doivent appartenir à leurs créateurs ; l’IA doit être transparente et explicable, pas une boîte noire. Dans le cadre de cet engagement, Gina Rometty a annoncé le lancement de IBM Call for Code, une initiative de 30 millions de dollars pour répondre aux « défis les plus difficiles du monde » à travers les solutions Cloud et IA, en commençant par des moyens de faire face aux catastrophes naturelles.

Mark Zuckerberg et la transition de la Tech vers la responsabilité

Annoncé presque à la dernière minute, l’échange entre Mark Zuckerberg et Maurice Lévy faisait partie des moments les plus attendus de Viva Technology. Analysant l’évolution de son entreprise au cours d’une conversation informelle, le PDG de Facebook a noté que « pendant la majeure partie de l’histoire de Facebook, nous nous sommes concentrés sur le bien qui peut découler du fait de connecter les gens entre eux », soulignant que les outils de Facebook ont aidé des dizaines de millions de petites entreprises à grandir et trouver leur clientèle. Il a toutefois admis que « nous n’avions pas pris la pleine mesure du mal qui peut advenir de leur utilisation », en référence aux « fake news », aux tentatives d’influencer des élections ou aux abus de la vie privée des utilisateurs. Il a également décrit les efforts, largement soutenus par l’IA, entrepris par Facebook pour confronter ces problèmes de manière proactive. Interrogé sur l’évolution du secteur technologique, Mark Zuckerberg a décrit une « grande transition du secteur technologique [vers] la responsabilité » et « la volonté de travailler activement à amplifier le bon et minimiser le mauvais dans l’action humaine ».

« Uber 2.0 » – un partenaire plus responsable

Le diagnostic de Mark Zuckerberg semble fondé : de nombreuses sommités de l’écosystème Tech, sur scène, ont exprimé leurs engagements en faveur d’un changement social positif. Avant Viva Technology, le PDG d’Uber, Dara Khosrowshahi, avait déclaré que l’entreprise « s’était trop concentrée sur la croissance et pas assez sur les personnes qui ont permis cette croissance », annonçant notamment de nouvelles protections sociales pour les travailleurs indépendants européens sur sa plateforme. Au cours de son intervention, intitulée « Uber 2.0 », il a reconnu que « nous n’investissions pas dans nos 3 millions de conducteurs partenaires comme nous l’aurions dû. […] Notre comportement à leur égard était incompatible avec la notion de partenariat, ce que nous avons entrepris de corriger ». Il a également raconté sa première initiative, lors de son arrivée à Uber, de refonder les valeurs et la culture d’entreprise d’Uber auprès de l’ensemble de ses salariés, de manière participative. Enfin, M. Khosrowshahi a présenté sa vision de l’avenir de l’urbanisme, avec le projet Elevate, visant à étendre l’offre d’Uber aux appareils à décollage et atterrissage verticaux. « Le réseau de transport de demain doit être partagé, il doit être électrique et il doit être en trois dimensions » – contrairement aux réseaux de transports actuels, toujours bidimensionnels. « Elevate fait partie de cela. »

Orange: le temps des investissements gagnant-gagnant en Afrique, c’est maintenant

Bien sûr, ce sens des responsabilités dépasse les frontières européennes. En lien avec Afric@Tech, Emmanuel Macron s’est adressé aux entrepreneurs africains en les invitant à rejoindre la plateforme Digital Africa, (ouvre un nouvel onglet)affirmant que « l’Afrique fait partie de l’avenir de la technologie, comme la technologie fait partie de l’avenir de l’Afrique ».

Au cours d’une table ronde « Tech for Africa » à laquelle participait Stéphane Richard, Président-directeur général d’Orange, l’entrepreneur social sénégalais Thione Niang a affirmé que l’Afrique se tenait à la croisée des chemins. Selon lui, un potentiel d’innovation sans précédent existe pour améliorer radicalement le continent—mentionnant, par exemple, le fait que les agriculteurs peuvent utiliser leur téléphone pour effectuer leurs opérations de banque en utilisant Orange Money. Il a souligné que « c’est le meilleur moment pour investir en Afrique et obtenir le meilleur retour sur investissement. […] Nous avons besoin de partenaires extérieurs, mais seulement dans une situation gagnant-gagnant ; les jours où l’on faisait des affaires en Afrique sans penser à son impact social sont révolus ».

Stéphane Richard a fait écho à ces préoccupations, rappelant que l’Afrique est une priorité à long terme pour Orange, qui y investit jusqu’à 20% de son chiffre d’affaires chaque année pour relever les futurs défis techniques et financiers. Par exemple, le trafic internet mobile africain devrait être multiplié par 15 au cours des trois prochaines années. « Nous pensons bien sûr au retour sur ces investissements à long terme, et nous voulons être un acteur global des nouveaux services que seront la banque mobile, l’énergie et le e-commerce », explique Stéphane Richard. « Mais j’aimerais aussi voir beaucoup plus d’acteurs externes investir sur le continent. Je suis également d’accord sur le fait que nous portons une grande responsabilité : nous ne pouvons pas nous établir en Afrique en pensant uniquement au profit ! »

Stéphane Richard a également noté que, même s’il reste beaucoup d’infrastructures à construire, « l’Afrique est, dans une certaine mesure, déjà un continent connecté. Le taux de pénétration des smartphones, par exemple, est deux fois supérieur à celui de l’Inde ». En revanche, le manque de capitaux à investir dans les start-up africaines est un problème urgent. « Nous, chez Orange, voulons être un acteur et un investisseur qui promeut réellement l’innovation en Afrique. » Les programmes de soutien du Groupe vont dans ce sens, notamment avec les Orange Fabs africains ayant accéléré plus de 30 start-up et la structure Orange Digital Ventures dédiée à l’Afrique, financée à hauteur de €60 millions d’euros à son lancement.