Rencontre avec Rokhaya Solange Ndir, chargée des relations avec l’écosystème numérique à Orange Sénégal


Après un bachelor obtenu à l’Ecoles de Hautes Etudes Internationales de Paris, Rokhaya Solange Ndir a intégré Sonatel, l’opérateur de télécommunications historique du Sénégal, en 2004. D’abord au marketing, où elle a participé au déploiement de la stratégie marché sur le prépayé mobile, puis au service de la Responsabilité sociale d’entreprise. Aujourd’hui, elle est en charge des Relations avec l’écosystème numérique au sein d’Orange Sénégal. Elle s’occupe également du programme m-Women, qui veut faire du numérique un outil d’implication économique, sociale et d’autonomisation des femmes.

« Les femmes sénégalaises sont traditionnellement des entrepreneuses. Elles doivent maintenant oser s’imposer dans le monde des TIC, où elles sont à l’origine de superbes réussites, comme le prouve le Linguère Digital Challenge ! »

Rokhaya Solange Ndir, chargée des relations avec l’écosystème numérique à Orange Sénégal

« Le Linguère Digital Challenge est un prix dédié à l’entreprenariat numérique féminin que nous avons créé en 2015 dans le prolongement du Dialogue Parties Prenantes « Femmes et numérique » déployé à Dakar, Thiès et Saint-Louis. L’objectif de ce dialogue était de favoriser l’autonomisation financière des femmes et de les inciter à la création d’entreprises dans le secteur des TIC. Si les femmes entrepreneures sont nombreuses au Sénégal, elles sont encore rares à se lancer dans le numérique, ou à tirer parti des nouvelles technologies.

Le Linguère Digital Challenge, en récompensant mais aussi en donnant plus de visibilité à des créatrices d’entreprises dans le domaine des TIC, a pour ambition d’inspirer de nouvelles initiatives féminines. Et cet objectif est atteint : si en 2015 nous avions 20 candidates, elles étaient 41 en 2016, et 107 en 2017 ! Nous espérons recevoir 200 candidatures cette année.

Les lauréates du concours sont sélectionnées en fonction du degré d’innovation apporté dans l’usage des moyens de communication numériques au sein de l’activité de la start-up, son impact social ou environnemental et sa viabilité. Chaque année, la qualité et le caractère innovant des projets qui nous sont présentés progressent.

Dès la première édition, les lauréates ont connu de formidables succès. À l’image de la start-up Yaay (ouvre un nouvel onglet), une communauté digitale de mamans lauréate 2015, aujourd’hui au cœur de la stratégie m-Women de Sonatel. Ou comme Les Gourmandises de Karelle (ouvre un nouvel onglet), blog culinaire qui fournit aujourd’hui des contenus à Orange. AwaleBiz, Les Gourmets et Dakar Lives, les trois lauréates 2017, semblent promises à un bel avenir !

J’espère que ces réussites inciteront les femmes à investir le monde numérique, encore très masculin – même si les femmes qui y évoluent sont bien accueillies. Les Sénégalaises doivent comprendre qu’elles peuvent s’approprier les TIC et créer leur entreprise. Elles bénéficieront de différentes aides : des associations et réseaux se créent, les plus aguerries et compétentes mentorent les nouvelles venues… Il suffit d’oser ! »

AwaleBiz est une start-up sénégalaise qui a conçu une plateforme de e-commerce permettant aux petits producteurs de proposer leurs produits d’art, d’artisanat, de beauté et bien-être, de mode africaine et de produits agroalimentaires transformés. Son ambition ? Faire connaître leur talent en leur offrant une exposition mondiale et les mettre en contact avec des acheteurs internationaux. La parole est à Nafy Diagne, sa fondatrice et lauréate du 1er Prix du Linguère Digital Challenge 2017.

« Il faut oser, prendre confiance, tirer profit des opportunités… mais surtout innover ! »

Nafy Diagne, sa fondatrice de AwaleBiz et lauréate du 1er Prix du Linguère Digital Challenge 2017

Comment est née l’idée d’AwaleBiz ?

Après un diplôme d’ingénieur en France, et 17 ans passés en Europe, j’ai mené une étude sur l’IT en Afrique pour Ericsson, mon employeur de l’époque. J’ai alors constaté que la mondialisation permettait aux Sénégalais et aux Africains en général d’accéder à des produits du monde entier, alors que les produits locaux n’étaient pas disponibles en ligne. Les entrepreneurs, artistes et artisans locaux avaient besoin d’un coup de pouce numérique ! Après deux ans d’études, j’ai créé AwaleBiz (ouvre un nouvel onglet), une plateforme de e-commerce panafricaine qui permet la commercialisation des produits locaux localement et à l’international. Aujourd’hui, 80 % des acheteurs sont hors Afrique. Les producteurs et artisans accèdent, via AwaleBiz, au marché mondial ! Nous travaillons également pour développer le consommer local en étudiant les besoins en termes de processus d’achat des consommateurs locaux.

Quelle était votre motivation à participer au concours Sonatel ?

J’ai noué un partenariat avec DHL pour les livraisons. Le Directeur des Operations de DHL, qui croit fortement en mon projet, m’a incité à participer. Et bien sûr, j’espère pouvoir renforcer mes liens avec Orange, pourquoi pas au travers d’un partenariat !

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui souhaiteraient démarrer leur activité dans les TIC ?

Le e-commerce, qui commence tout juste à s’imposer en Afrique, génèrera 75 milliards de dollars en 2027 : c’est maintenant qu’il faut investir ce marché et lancer des initiatives locales et mondiales. Les femmes doivent oser, prendre confiance, tirer profit des opportunités. Mais surtout innover ! Il ne faut pas céder à la tentation de reproduire quelque chose qui existe, mais avoir une vraie idée nouvelle.

Ramatoulaye Diallo Cisse a fondé Les Gourmets, une start-up sénégalaise qui a créé une plateforme de vente en ligne de produits alimentaires. Son objectif est de faire gagner du temps aux femmes actives, en leur permettant de centraliser leurs achats puis de se faire livrer, rapidement et simplement. Les Gourmets ont remporté 2e Prix du Linguère Digital Challenge 2017.

« Il faut arrêter de parler “d’entreprenariat au féminin”, qui sous-entend que l’entreprenariat est par nature masculin ! »

Ramatoulaye Diallo Cisse, fondatrice de Les Gourmets et 2e Prix du Linguère Digital Challenge 2017

Comment est né votre projet ?

En 2014, je proposais, via une page Facebook, la livraison à domicile de viande et volaille, commandées par téléphone. Un an plus tard, j’ai ouvert un vrai site de commerce en ligne, Les Gourmets (ouvre un nouvel onglet), mais aussi étendu la gamme de produits, à la demande des clientes.

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Elles ont été nombreuses : m’imposer dans le monde de la boucherie très masculin, faire surmonter leurs réticences aux clientes habituées à choisir leurs produits, trouver des approvisionnements locaux et de qualité, respecter la chaîne du froid…

Pourquoi avez-vous participé au concours Sonatel ?

J’avais fait évoluer les mentalités et mon projet était mûr. Ce prix est pour moi un « label de qualité », qui valide mon initiative. Aujourd’hui, je veux cibler les professionnels comme les traiteurs et les restaurants. Cela imposera un changement d’échelle, avec des volumes en hausse, un sourcing à réorganiser, un commercial à recruter…

Un conseil aux femmes qui souhaiteraient démarrer leur activité dans les TIC ?

Ne pas avoir peur de l’échec, et surtout, ne pas brûler les étapes : il faut savoir progresser doucement, apprendre, sécuriser la réussite… Mais aussi arrêter de parler « d’entreprenariat au féminin », qui sous-entend que l’entreprenariat est par nature masculin !

Dakar Lives, c’est une communauté digitale dont l’objectif est de promouvoir le Sénégal, sa culture, ses paysages, auprès des habitants mais aussi des touristes. C’est aussi une start-up sénégalaise qui a mis au point cette plateforme créative et ce hub culturel. Olivia Ndiaye, co-fondatrice de Dakar Lives et lauréate du 3e Prix du Linguère Digital Challenge 2017, nous en dit plus.

« Le concours nous offre la possibilité de développer et de créer de nouveaux outils tout en augmentant notre visibilité »

Olivia Ndiaye, co-fondatrice de Dakar Lives et lauréate du 3e Prix du Linguère Digital Challenge 2017

Vos débuts en quelques mots ?

Dakar Lives (ouvre un nouvel onglet), c’est l’histoire de quatre amis créatifs qui ouvrent un compte Instagram commun, non pas pour se mettre en avant, mais pour montrer la beauté de leur pays, et poser un regard nouveau sur des endroits connus des Dakarois. L’initiative a suscité un engouement rapide. Une communauté s’est créée autour du hashtag #dakarlives. Les habitants d’autres pays ont voulu que nous étendions chez eux l’initiative, des entreprises nous ont demandé de promouvoir leur implantation, nous sommes devenus le « guide touristique de référence ». Aujourd’hui, nous sommes aussi au Maroc, au Togo, au Mali, en Guinée Conakry. Le succès est arrivé avant la start-up !

Pourquoi participer au concours Linguère Digital Challenge ?

Au départ, nous voulions tout faire par nous-même. Aujourd’hui, nous avons besoin de fonds pour nous développer et créer de nouveaux outils, et nous devons aussi accroître notre visibilité. Le concours nous a offert les deux !

Quel est votre objectif pour 2018 ?

D’abord, terminer l’appli et la proposer à la communauté. Ensuite, consolider notre business et nous étendre à de nouveaux pays.

Un conseil aux femmes qui souhaiteraient démarrer leur activité dans les TIC ?

Agir avec sincérité ! C’est ce qui a transformé notre passion en start-up… et un business rentable. Et ne pas hésiter à avoir recours aux techniques de développement personnel et au soutien des réseaux de femmes pour gagner en confiance et en assurance.