L’économie sociale et solidaire a aussi droit à ses incubateurs


Les start-up de l’économie sociale et solidaire répondent à des thématiques sociales d’intérêt général auxquelles les pouvoirs publics n’apportent pas une réponse complètement satisfaisante. Et dont les entreprises traditionnelles peuvent s’être désintéressées. Pour les accompagner et répondre à leurs problématiques spécifiques, des incubateurs dédiés se sont développés. Lumière sur Bond’innov en région parisienne, avec sa directrice Ninon Duval, et Ronalpia en région lyonnaise avec sa cofondatrice, Lena Geitner.

Votre incubateur en quelques mots ?

Ninon Duval : Bond’innov (ouvre un nouvel onglet) a été créé en 2011. Il est le seul incubateur français spécialisé dans les projets d’innovation en coopération avec les pays du Sud – essentiellement l’Afrique francophone. Une vocation héritée à la fois de son implantation, Bondy, accueillant de très nombreuses nationalités et diasporas, et de ses fondateurs parmi lesquels on trouve l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Lena Geitner : Ronalpia (ouvre un nouvel onglet) a été fondé il y a 5 ans à Lyon. Il est né de la conviction de deux étudiantes qu’il fallait stimuler l’économie sociale et solidaire et pas seulement en région parisienne ! Nous avons donc voulu créer un écosystème favorable au développement de ces projets en apportant financement et accompagnement aux entreprises dotées d’une forte dimension sociale. Nous sommes aujourd’hui présents à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne.

Quels projets soutenez-vous ?

L.G. : Nous détectons les meilleurs projets d’économie sociale et solidaire. Le processus de sélection s’appuie sur des critères de posture, de finalité sociale et de pérennité du modèle économique, mais aussi sur les gages de réussite que sont la motivation, la résilience et l’obstination des porteurs de projet. Enfin, bien sûr, ce sont des projets d’entrepreneurs de la région… ou qui souhaitent s’installer dans notre région.

N.D. : Nous soutenons des projets d’innovation, innovation ne signifiant pas nécessairement des projets liés à la technologie ou la science. Il s’agit surtout d’innovation sociale ou environnementale et donc de projets ayant un véritable impact en matière de développement durable. Ils peuvent toucher tous les secteurs (santé, agriculture, environnement, alimentation…) et doivent être créateurs d’emploi et de valeur en Île-de-France et/ou dans un ou plusieurs pays du Sud.

Quel accompagnement proposez-vous aux entrepreneurs sociaux ?

N.D. : Nous avons imaginé de nouvelles façons d’accompagner les start-up pour les suivre sur différents continents : des outils en ligne, diverses ressources mises à disposition, de l’accompagnement à distance et des opportunités de collaboration avec des incubateurs africains dont nous sommes partenaires. Enfin, depuis 2016, nous avons créé des outils de financement sous forme de prêts d’honneur.

L.G. : Pour inciter les entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire à venir ou à demeurer dans la région, nous leur proposons un véritable accompagnement individualisé. Nous les incitons également au travail entre pairs en organisant des formations collectives. Et pour développer une véritable communauté, l’entrepreneur, qui a bénéficié du programme d’incubation gratuit, doit ensuite « rendre » du temps en participant au comité de sélection, en faisant du coaching, en partageant son expérience…

Ninon Duval © Bond’innov

Lena Geitner © DR

L’équipe de Ronalpia © DR

Quel est, selon vous, votre atout principal ?

L.G. : Notre force est d’avoir osé ! Nous avons fait le pari de l’ancrage territorial, et notre succès confirme le besoin d’accompagnement spécifique de l’ESS en région. Chaque année, nous recevons 150 candidatures… pour 30 places ! Les entrepreneurs sont confrontés à de vraies inégalités territoriales pour accéder au financement, obtenir de la visibilité… Et cette année, nous voulons aller plus loin encore, en imaginant un incubateur rural qui accompagnerait des entreprises isolées sans qu’elles aient besoin de venir jusqu’à Lyon ou Grenoble, en nous appuyant sur des structures ancrées dans les territoires. Dans le même esprit, nous expérimentons un incubateur hors métropole !

N.D. : Notre plus grand atout est notre équipe : internationale, passionnée, multilingue, qui a su développer un savoir-faire pour répondre aux besoins spécifiques des banlieues. Cette équipe multiculturelle est à même de comprendre les modèles propres aux pays du Sud. Par exemple, une start-up nous a présenté un projet de caution bancaire pour les étudiants africains souhaitant venir étudier en France. Un incubateur classique aurait eu davantage de mal à appréhender le projet et pourtant, Studely (ouvre un nouvel onglet) a aidé 600 étudiants à obtenir un prêt l’année dernière lors de sa première année d’activité. Et la start-up s’étend cette année à 10 pays en Afrique !