Rencontre avec Ludovic Centonze, Responsable de projets Orange pour le développement


« Il faut faire émerger des figures emblématiques d'entrepreneurs africains »

J’ai intégré Orange en tant que responsable des projets sociétaux au sein du département RSE du Groupe. Je suis parti d’une page blanche afin d’intégrer le sujet de la contribution d’Orange au développement social et économique des territoires à notre démarche RSE et d’harmoniser les actions dans ce domaine à l’échelle du Groupe. J’ai en particulier participé à l’élaboration d’Orange pour le développement. Cette démarche s’appuie sur l’idée qu’au-delà de notre contribution au développement socio-économique via nos services numériques et notre poids économique au sein des pays dans lesquels nous opérons, nous pouvons innover en marge de notre activité pour décupler notre impact.

« L’objectif commun de toutes nos initiatives en Afrique, c’est de créer un cercle vertueux de confiance et de création de valeur socialo-économique »

Ludovic Centonze, Responsable de projets Orange pour le développement

« Les start-up africaines ont les mêmes besoins et attentes que n’importe quelle start-up dans le monde mais dans un environnement globalement plus difficile qu’ailleurs. Nous devons aider les entrepreneurs africains à poser un nouveau regard sur eux-mêmes en contribuant à faire émerger des figures emblématiques parmi eux. Ils pourront ainsi montrer la voie aux autres, alors même que leur famille et leurs proches tentent souvent de les dissuader de se lancer ! Concrètement, les besoins des start-up sont très classiques – financement, recrutement, accès au marché… – mais ils sont décuplés par l’inefficacité du réseau bancaire à soutenir l’entrepreneuriat, la complexité de l’administration et des marchés restreints où il est difficile de construire des bases clients étoffées.

« Nous avons eu à cœur d’imaginer des dispositifs d’accompagnement avec une gouvernance très ouverte, réunissant des partenaires nombreux et variés (entreprises, organismes internationaux, acteurs locaux, gouvernements…) pour assoir la légitimité des start-up tout en garantissant leur indépendance et leur pérennité. Ainsi, en 2011, nous avons été l’un des 21 membres fondateurs du premier incubateur de start-up ouest africain au Sénégal, le CTIC Dakar. Devenu une référence, son modèle a été reproduit au Niger, en Guinée et au Mali avant d’inspirer de nombreux pays de la zone. Ces incubateurs sont à présent regroupés en un réseau Afric’Innov (ouvre un nouvel onglet) et commencent à travailler ensemble dans des programmes comme Sahel’Innov (ouvre un nouvel onglet). Les quatre incubateurs dont nous sommes à l’origine ont déjà incubé plus de 30 start-up et apporté un coaching à plus de 1 000 jeunes entreprises innovantes. Leur succès est un exemple de réussite pour les jeunes entrepreneurs et montre aux pouvoirs publics et aux grands bailleurs qu’il existe d’autres moyens de lutter contre le chômage et de stimuler l’économie locale.

« Il faut aussi financer – les banques africaines financent peu l’innovation. Un exemple ? Le Prix Orange de l’Entrepreneur Social (ouvre un nouvel onglet) est aujourd’hui organisé dans 17 pays, chacun nommant 3 lauréats. Ce sont ainsi 51 start-up qui bénéficient chaque année d’une aide financière d’amorçage et de visibilité. Pour aller plus loin, nous sommes en train de mettre en place, via le réseau Afric’Innov et le partenariat financier de l’AFD (Programme Afrique Innovation), un mécanisme de prêts d’honneur. Il apportera « la première pierre » en matière de financement par la dette et participera à faire émerger une génération d’entrepreneurs. Pour les entrepreneurs les plus confirmés nous participons, avec notre partenaire Investisseurs et Partenaires pour le Développement, à mettre en place une série, à l’échelle nationale, de fonds d’investissement dédié au financement en amorçage (moins de 300 k€). Enfin, Orange vient d’annoncer l’ouverture du fonds corporate Orange Digital Venture Africa, basé à Dakar, adressant les besoins de financement en capital supérieur au million d’euros de start-up numériques dans toute l’Afrique.

« Sur le terrain, nous voyons la qualité des projets s’accroître d’année en année dans tous les secteurs. Nous nous trouvons à une époque charnière : nous devons aider les pays à développer leurs activités, aux jeunes à croire en leurs chances de réussite, générer de l’emploi et créer un cercle vertueux de confiance – l’objectif commun de toutes nos initiatives ! »

Omar Cissé, fondateur de InTouch, une fintech sénégalaise créée en 2014, qui a développé un terminal unique compatible avec tous les moyens de paiement digitaux dont le mobile money. Il permet ainsi aux marchands d’accepter tous les moyens de paiement mais aussi d’accéder à différents services (achat de crédit téléphonique, règlement de facture, assurance, etc.).

« En Afrique, il n’y a pas suffisamment de dispositifs d’accompagnement : entreprendre signifie tout faire seul. C’est très compliqué ! »

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

La solution InTouch s’installe actuellement dans 7 nouveaux pays d’Afrique. Notre ambition : disposer de 10 000 points de présence au Sénégal d’ici 18 mois – contre un peu moins de 1 200 aujourd’hui – et 5 000 points dans chacun des autres pays. Nous voulons aussi offrir notre service dans 36 pays d’ici 36 mois !

Vous avez été le directeur du premier incubateur au Sénégal : quel était le besoin principal exprimé par les jeunes entrepreneurs ?

Malgré toute la bonne volonté des entrepreneurs, l’écosystème de l’entreprenariat est encore à construire. Les dispositifs d’accompagnement sont encore faibles et les entrepreneurs sont confrontés à de nombreux défis. Passer de l’idée à la phase de preuve de concept en est un par exemple. Sans compter que les rares entreprises qui y parviennent éprouvent par la suite des difficultés à se développer.

Comment aider les start-up à se développer ?

Il faut constituer tout un écosystème réunissant les fondamentaux : formation, accompagnement, financement, politique de l’Etat… Sans cet écosystème offrant un cadre cohérent, la création est vouée à l’échec. Heureusement aujourd’hui des choses bougent, dans un élan bottom-up… auquel je crois bien plus qu’au top-down !

Trois ans après sa création, InTouch a réalisé la plus grosse levée de fonds ouest-africaine menée par une start-up. Quelle est la clé de sa réussite ?

Notre force est d’apporter une solution à un véritable besoin. Nous réalisons 40 à 50 000 transactions quotidiennes, ce qui représente
600 000 € au total par jour. Mais le succès repose aussi sur l’équipe projet : des collaborateurs talentueux qui ont cru au projet et ont osé participer à l’aventure !

 

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