Rencontre avec Aurélien Duval-Delort, Directeur Général de BIZAO à Orange


BIZAO est la nouvelle plateforme digitale panafricaine qui servira de guichet unique commercial, technique et financier aux entreprises souhaitant lancer des services digitaux en Afrique. 

En 2014, Aurélien Duval-Delort a rejoint le pôle Innovation Afrique et Moyen-Orient pour construire de nouvelles offres B2B2C, afin d’ouvrir Orange à l’écosystème start-up et B2B dans cette région en plein essor. Là, il a constaté de nombreux freins à la commercialisation. C’est pourquoi il a relevé un nouveau défi : créer sa propre start-up au sein d’Orange, dans une logique d’intrapreneuriat.

« Nous travaillons à faciliter l’accès des start-up à nos API. Elles pourront bientôt y souscrire en self-service via une plateforme digitale »

Aurélien Duval-Delort, Directeur Général de BIZAO à Orange

« Orange peut répondre à deux besoins clés des start-up africaines. En premier lieu, celles-ci recherchent des moyens de facturation dans des pays où les taux de bancarisation sont très faibles. Pour répondre à cette problématique, nous leur proposons deux solutions : Pay With Orange, une solution destinée aux micro-paiements en règlement de produits ou services digitaux via le crédit téléphonique ; et Orange Money, un porte-monnaie électronique qui permet de réaliser des paiements dans les boutiques physiques ou en ligne.

« Ensuite, les start-up ont besoin de communiquer auprès de leurs clients. Aujourd’hui, en Afrique, en moyenne seuls 30 % des clients ont accès à des sites web et à des applications mobiles. Pour les autres, les canaux traditionnels restent essentiels : SMS, Voix et services USSD. L’USSD fonctionne comme le WAP mais sans Internet. C’est une interface dynamique qui permet d’afficher des menus à choix multiples, huit fois plus vite qu’un SMS. En tapant #303# dans de nombreux pays d’Afrique où Orange est présent, l’utilisateur accède à un menu contextuel dans lequel nous référençons tous les services de nos partenaires. Cette façon de faire est très répandue en Afrique, pour recharger un mobile ou accéder à des informations (météo, conseils médicaux, etc.).

« Nous avons également ouvert l’accès à nos plateformes SMS, afin de permettre aux entreprises d’envoyer à tous leurs clients des messages personnalisés de façon automatique (confirmation de paiement, rappel de rendez-vous, nouveau mot de passe). Plus de 1 000 start-up ont déjà souscrit à notre offre SMS via developer.orange.com.

« Avec ces services, les start-up imaginent des solutions intelligentes qui simplifient la vie des gens. On voit notamment de nombreuses plateformes de mise en relation avec des professionnels, par exemple pour trouver un emploi, un médecin ou un service de covoiturage, mais aussi pour publier des petites annonces. Les start-up africaines innovent également dans le domaine de la santé et de l’éducation avec, par exemple, la conception d’un calendrier vaccinal des nourrissons en mode vocal et en dialecte local, et un service d’inscription aux examens. Les communications digitales représentent un véritable saut technologique et d’efficacité en donnant la possibilité aux start-up d’innover librement sur les plateformes d’Orange.

« Néanmoins, les opérateurs ont du mal à répondre à toutes les demandes des start-up, en particulier celles concernant l’accès aux moyens de facturation qui exige un processus complexe de validation. C’est pourquoi nous lançons dans quelques semaines une nouvelle plateforme digitale panafricaine qui servira de guichet unique commercial, technique et financier aux entreprises souhaitant lancer des services digitaux en Afrique : www.bizao.com. Nos API, qui sont les interfaces mettant en relation les programmes des start-up avec nos services, y seront disponibles en self-service. Nous conserverons un relai local dans les pays et nous mettrons en place un réseau d’interlocuteurs au sein de nos filiales. Cette plateforme nous permettra également de détecter, d’encourager et d’accompagner les start-up les plus prometteuses. »

Vaumi Ezechiel, fondateur et CEO de Webshinobis, une start-up spécialisée dans le développement de solutions web ou mobiles (sites internet, applications…) qui apportent une réponse à des problématiques propres à une communauté.

« Ces solutions nous permettent de toucher un public plus large : nous avons gagné 8 000 nouveaux clients ces six derniers mois ! »

Vaumi Ezechiel, fondateur et CEO de Webshinobis

Qu’est-ce qui vous a décidé à créer votre start-up ?

Créer une start-up en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun, est compliqué. Il n’y a pas de dispositifs d’aide et il est très difficile de trouver un financement. Je me suis lancé pourtant, lorsque j’ai compris qu’échouer n’était pas un problème. Même si, bien sûr, je mets tout en œuvre pour réussir ! L’objectif de notre start-up est d’ailleurs de toucher, d’ici 2018, 20 millions de personnes avec nos services.

Avez-vous bénéficié d’un accompagnement spécifique de la part d’Orange ?

Nous utilisons les APIs d’Orange pour développer des services innovants. Les APIs SMS et les services USSD nous permettent d’envoyer de nombreuses informations aux clients qui n’ont pas accès à internet. Notre plateforme dédiée au football envoie par exemple par SMS les résultats des matchs et les détails sur la rencontre en temps réel. Autrement, nous donnons aux établissements scolaires la possibilité d’envoyer de manière ciblée des contenus informatifs, administratifs ou éducatifs aux étudiants ou aux candidats. Nous utilisons aussi Orange Money pour faciliter le paiement en ligne des clients souhaitant bénéficier de nos services, quel que soit leur pays d’origine.

Quel a été l’impact sur votre business ?

Ces solutions nous permettent de toucher un public plus large : nous avons gagné 8 000 nouveaux clients ces six derniers mois !

Comment, selon vous, stimuler la création de start-up en Afrique ?

L’écosystème d’innovation au Cameroun est l’un des plus dynamiques du continent. Des dispositifs d’aide et un accès plus simple au financement permettraient à plus de jeunes entrepreneurs de se lancer.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur souhaitant créer sa start-up ?

Je conseillerai toujours à un jeune de se lancer s’il a une idée. Lorsque l’on est jeune et sans famille à charge, on a du temps pour tenter l’aventure… Et se relever en cas d’échec.