Rencontre avec Alex Wang, CEO Orange Sourcing Consulting, et Jean-Michel Boisseau, Suppliers Innovation & Start-ups Development


« Rapprocher les start-up soutenues par Orange et les fournisseurs responsables en Chine permet de produire en toute confiance des produits innovants à un coût compétitif, tout en impactant positivement l’économie locale »

Fort de 27 ans de carrière chez Orange, Alex Wang a occupé les fonctions d’Area Manager Grande Chine durant trois ans, puis de Directeur de compte stratégique, de Directeur commercial Wholesale France et enfin de Directeur Général d’Orange Sourcing Consulting depuis 2006. Il est également initiateur de la Joint Audit Cooperation (ouvre un nouvel onglet) (JAC), l’alliance RSE des opérateurs télécom.

Entré à la Direction des Achats du Groupe en 2003 comme Manager, Jean-Michel Boisseau a occupé le poste de Directeur Stratégie de Développement des Achats durant sept ans. Depuis 2017, il est Directeur Innovation Fournisseurs, en charge de la déclinaison de la stratégie Open Innovation du Groupe pour les Achats & la Supply Chain.

Un accompagnement personnalisé

« Les achats responsables constituent un axe clé de la stratégie RSE d’Orange. La signature de la Charte Relations Fournisseurs Responsables par Stéphane Richard (Président-Directeur Général d’Orange, NDLR) en 2010 a marqué le début de la politique volontariste du Groupe en la matière. Depuis, notre politique s’est diffusée à l’international à la faveur de formations et d’un accompagnement autour d’un double objectif : rationaliser notre panel fournisseurs tout en impactant positivement les économies locales par nos choix d’achats.

Dès 2004, Orange a créé une antenne dédiée aux achats responsables en Chine, qui agit autour de 4 axes : les conditions sociales des travailleurs (travail des enfants, travail forcé), la sécurité et la santé des personnes, la protection de l’environnement et le respect de l’éthique dans les affaires. L’intérêt pour les achats responsables a depuis pris de l’ampleur tant auprès des entreprises que du gouvernement chinois.

Nous développons par ailleurs la coopération entre grands groupes avec la Joint Audit Cooperation (JAC), une alliance RSE des opérateurs télécom qui en comprend actuellement 16, au nombre desquels Orange, Deutsche Telekom, Telecom Italia, Vodafone, Telefonica, AT&T, Verizon et Telstra. Conscients que nous nous tournons souvent vers les mêmes fournisseurs, nous mettons en commun notre expérience industrielle pour parler d’une même voix lorsqu’il s’agit de leur demander d’améliorer leurs pratiques. Nous élaborons et menons de manière conjointe les procédures d’audit RSE sur site, les questionnaires, les check-lists et les plans d’actions collectifs. Une seule voix, une seule méthodologie, pour un partage des coûts et surtout plus d’influence !

Aujourd’hui, nous ouvrons nos listes de contacts « fournisseurs responsables » aux start-up qui en ont besoin. Celles-ci sont particulièrement intéressées par l’idée de produire en Chine, pays très attrayant en matière de sous-traitance. Plus qu’un simple « carnet d’adresses », nous accompagnons les start-up qui le souhaitent dans leur relation avec les fournisseurs chinois : aide à la relation commerciale, assistance juridique, négociation des contrats de production… Notre programme baptisé HARP (Hardware AcceleRation Program) leur permet ainsi de produire en Chine et de concrétiser leurs projets en liant RSE et innovation. C’est le cas de Smiirl qui a mis au point un compteur connecté aux réseaux sociaux, mais aussi de Prizm qui a créé un boîtier musical élaborant des playlists de manière automatique sur Internet.

Notre dispositif offre un double bénéfice aux start-up. Il leur garantit une production significative dans des conditions de confiance – qu’il s’agisse de la qualité comme des questions de propriété intellectuelle. Et leur fait bénéficier d’un tarif compétitif pour un produit qui reste labellisé « made in Europe », « made in USA », etc. Pour les fournisseurs chinois, c’est l’opportunité de remplir leur carnet de commandes et de renforcer leur coopération avec Orange et les autres membres de la JAC. »

Gauthier Nadaud est l’un des fondateurs de Smiirl qui fabrique des compteurs physiques connectés aux réseaux sociaux. La start-up a collaboré avec Orange pour industrialiser sa production dans une usine en Chine.

« Être accompagné d’Orange en Chine, c’était comme nous y rendre avec un grand frère en ayant la caution d’un groupe international »

Gauthier Nadaud, cofondateur de Smiirl

Quel est le point de départ de votre collaboration avec Orange ?

Nous avons été repérés par Orange en 2013 lors de la saison 4 du Camping, accélérateur du NUMA. François Dufour, en charge des relations avec les start-up, nous a rapidement proposé de travailler avec leur business unit en Asie. Nous produisions alors en petites quantités en France, c’était l’opportunité de passer à un volume de production plus important. Accompagnés d’Orange, nous avons visité plus de 15 usines avant de faire notre choix. Travailler avec des usines aussi grosses à l’autre bout du monde, c’était une première pour Smiirl !

Quels sont les avantages de ce fonctionnement ?

L’avantage d’avoir commencé en France, c’est d’avoir appris un maximum de choses sur le produit et ses caractéristiques de fabrication. Nous avons d’ailleurs conservé une partie de la production dans l’Hexagone, en partenariat avec l’Association des Paralysés de France. Cela devenait néanmoins plus compliqué pour accroître notre volume de production. En Chine, en plus de la grande expertise locale sur les productions technologiques, nous avons bénéficié d’excellentes conditions d’accueil et de coûts de production plus abordables. Et puis, avec Orange, c’était comme nous y rendre avec un grand frère en ayant la caution d’un groupe international.

Concrètement, en quoi cet accompagnement a-t-il consisté ?

Orange nous a surtout accompagnés au début, lors de la sélection du fabricant. Nous avons été aidés autant sur la compréhension des codes culturels que sur des aspects juridiques ou commerciaux. Rapidement, nous avons été indépendants et à l’aise dans notre relation avec les acteurs et les partenaires locaux. Orange a continué à nous apporter un appui ponctuel lorsque nous en faisions la demande.

Est-ce que la dimension responsable du fabricant était un élément important dans votre choix ?

Savoir que notre fabricant respecte un certain nombre de critères éthiques a été déterminant, surtout dans cette partie du monde où les conditions de travail, le respect des normes environnementales ou de la propriété intellectuelle peuvent être très hétérogènes. La certification Orange est à ce titre une preuve de sérieux. Cela nous amène d’ailleurs à réfléchir toujours davantage aux moyens de maîtriser l’intégralité de la chaîne de production des produits.

Quel conseil donneriez-vous à une start-up qui souhaiterait industrialiser sa production en Chine ?

Connaître par cœur son produit ! Cela permet d’avoir une idée réaliste des délais de production et de pouvoir rebondir lorsque le fabricant fait des propositions de modification. Avoir commencé sur de petits volumes nous a permis de voir le produit sous toutes ses coutures avant d’internationaliser sa production.