[VivaTech] Perspectives d’Afrique : comment accélérer un écosystème où la disruption règne


L’Afrique est l’invitée d’honneur de Viva Technology 2018. Son écosystème, ses start-up et les défis qui lui sont propres font l’objet d’une thématique, Afric@Tech, ainsi que d’un cycle de conférences et d’un espace dédié. Zoom sur les défis à relever par l’écosystème tech africain pour qu’il prenne son plein essor, selon ses représentants.

Le nerf de la tech : l’accès au réseau

Sans connectivité, point d’écosystème digital. Le premier défi de taille rencontré sur le continent africain est l’accès à internet, dont ne dispose que 20 % de la population. Le manque d’infrastructures constitue un autre facteur : seule 30 % de la population jouit d’un accès fiable à l’énergie. Quant au mauvais état de ces infrastructures, il ne facilite pas les opérations d’installation et de maintenance.

Lors d’une table ronde dédiée à cet enjeu, la porte-parole Orange MEA Elisabeth Medou Badang souligne cependant un développement prometteur : « Dans plusieurs pays, le passage de la 3G à la 4G s’est fait en 4 ans… alors qu’en Europe, il en a fallu 10 ! » Le rythme de cette progression est emblématique d’un aspect unique de la transformation digitale africaine : le leapfrogging, ou la progression par bonds, qui résulte en partie de l’absence d’héritage technologique et de ses contraintes.

Un écosystème au potentiel immense

« Afric@Tech donne l’opportunité de montrer comment l’Afrique pourrait d’un bond franchir l’écart qui la sépare de la 4e révolution industrielle », explique Viola Llewellyn (Ovamba Solutions Inc.) en inaugurant la série thématique Afric@Tech. Elle rappelle que l’Afrique, dont la population devrait atteindre 2,5 milliards d’individus à l’horizon 2040, ne comptait que 314 tech hubs et ne représentait que 0,3 % de l’investissement VC et tech mondial en 2016. Par ailleurs, de nombreuses start-up africaines en série A ou B lèvent des fonds comparables à leurs homologues européens mais ne réussissent pas à croître à l’échelle du continent. « Le manque de capitaux est un problème », souligne-t-elle, « mais pas autant que la vitesse à laquelle on peut les mobiliser et s’assurer qu’ils sont répartis de manière judicieuse. »

Les données, nouvelles ressources naturelles

Le manque de données est ici un frein considérable, explique Kenfield Griffith, CEO de la start-up kenyane mSurvey (ouvre un nouvel onglet) : « Les start-up africaines ont un immense marché de consommateurs potentiels, mais pas les moyens pour étudier, cibler et communiquer avec leur clientèle. » Sur la scène dédiée à Afric@Tech, Kenfield démontre la puissance de l’argent mobile comme outil de contact en réalisant – en direct – une étude de marché auprès d’utilisateurs mobiles kenyans, sélectionnés aléatoirement et rémunérés en crédits de consommation. Les données générées en Afrique au cours des prochaines années revêtiront une valeur colossale si elles peuvent être appréhendées par des entreprises implantées localement qui se dotent d’outils fondés sur des solutions ayant fait leurs preuves.

En Afrique, il n’y a pas de solution unique

La vivacité de l’écosystème africain se traduit également par les financements internationaux qu’il attire. Emmanuel Macron a notamment évoqué, lors de son allocution, l’initiative Digital Africa que l’Agence française de développement financera à hauteur de 65 millions d’euros. En bénéficieront des entrepreneurs, avec des tickets de 30 000 à 50 000 euros, pour « combler les failles d’accompagnement. » Ce changement dans l’attribution des capitaux répond à certaines problématiques soulevées pendant l’événement. Attention, cependant, à ne pas considérer les start-up comme une panacée. « S’il y a bien une règle en Afrique, c’est qu’il n’y a pas de solution unique », insiste Viola Llewellyn. Les mécanismes qui permettront de libérer le potentiel du continent doivent en refléter la diversité, des offres de financement (ouvre un nouvel onglet) aux efforts de l’Union africaine pour faciliter les échanges à travers les frontières.