Entrepreneuriat – La génération numérique montante


Entre Guinée et Niger, regards croisés sur l’entrepreneuriat en Afrique, avec Fatoumata Guirassy (F.G.), Directrice de SabouTech et Almoktar Allahoury (A.A.), directeur du CIPMEN : deux incubateurs qui marquent l’avènement d’un nouvel écosystème sur un continent en pleine évolution. Promoteurs et chevilles ouvrières de cette nouvelle ère, ils témoignent de la formidable dynamique d’une génération numérique africaine qui monte.

Fatoumata Guirassy, Directrice de SabouTech

Fatoumata Guirassy est née et a grandi en France, où elle a passé un Master en économie internationale à la Sorbonne, puis un MBA développement de projet en développement durable. Elle travaille cinq ans en tant que consultante dans les systèmes d’information, et c’est un VIE qui la conduit finalement en Guinée, pays d’origine de ses parents. Directrice de l’incubateur SabouTech, elle a travaillé à sa mise en oeuvre institutionnelle, et accompagne aujourd’hui une dizaine d’entreprises en incubation ou pré-incubation. Construit sur le même modèle de partenariat public/privé que le CIPMEN, Saboutech est le tout premier incubateur de Guinée.

Almoktar Allahoury, Directeur du CIPMEN

Almoktar Allahoury est Nigérien. Il a suivi une classe préparatoire au Maroc puis des études d’ingénieur en France, avant d’intégrer plusieurs cabinets de conseil. Rentré dans son pays en 2012, il devient directeur du Centre Incubateur des PME au Niger (CIPMEN). Le CIPMEN a lancé officiellement ses activités en 2014 avec cinq entreprises en incubation. Créé sous la forme d’une association appuyée par un partenariat public/privé rassemblant notamment de grandes entreprises françaises, dont Orange, l’incubateur accompagne aujourd’hui douze entreprises dans les domaines du numérique, des énergies renouvelables, de l’environnement et de l’agro-business.

Orange : Vous avez fait le choix de quitter une situation professionnelle confortable à l’international pour vous lancer dans l’entrepreneuriat dans vos pays d’origine. Pourquoi ?

F. G. : Mes parents sont très attachés à leur pays d’origine, et j’ai toujours vécu dans une double culture. J’étais émerveillée à chaque voyage au
pays. Le déclic s’est réellement opéré lors de missions en Afrique alors que je travaillais dans une entreprise en France… J’ai senti qu’il y avait quelque chose à faire, des opportunités à saisir.
A. A. : C’était mon plan de départ. Mon profil est rare au Niger, et j’ai été boursier de l’état jusqu’à vingt ans. C’était naturel d’y retourner : tout ce que l’on fait là est plus impactant. Ici, on a le sentiment de pouvoir profiter du saut technologique, il y a moins de pesanteurs et on peut réellement construire des choses pour l’avenir, avec des défis qu’aucun pays n’a jamais connu.

Orange : Comment l’Afrique est-elle en train de changer ?

F. G. : Quand on rencontre nos homologues d’autres incubateurs, on voit que les choses bougent. Les jeunes réalisent qu’ils ne peuvent pas compter uniquement sur l’État, et que les problèmes peuvent se transformer en opportunités. En Guinée, le pays est doté d’un grand potentiel, et d’une population jeune nombreuse et dynamique, dont malheureusement 60% est au chômage. L’entrepreunariat est une réponse directe dans un pays où l’offre d’emploi est au plus bas. Le modèle de l’incubateur apparaît comme le tremplin dont le pays a besoin.
A. A. : Il y a quinze ans, on surnommait l’Afrique le « continent sans espoir ». Aujourd’hui, on parle d’une « Afrique qui se lève ». La diaspora a tendance à rentrer, il y a un réel dynamisme dans le domaine de l’innovation. Au Niger, le défi est immense. Avec le CIPMEN, qui est le premier projet d’incubateur du pays, nous voulons montrer l’exemple à travers des réussites concrètes pour poser les premières briques d’un écosystème. La PME est une réponse directe au chômage : elle embauche, innove et permettra ainsi de créer une classe moyenne, moteur de l’économie.

Orange : Fatoumata, y-a-t-il un rôle particulier des femmes dans ces nouvelles formes d’économie ?

F. G. : En Guinée, les femmes ont un rôle très important dans l’économie informelle, les petits commerces, les marchés… Mais elles sont beaucoup moins présentes dans la nouvelle économie, car elles ne sont pas conscientes de tout ce qu’elles peuvent y faire. Ainsi, nous recevons peu de candidatures de femmes à SabouTech. Une partie de notre programme est dédié à la sensibilisation des jeunes femmes aux TIC : nous cherchons la parité dans les groupes d’étudiants auxquels nous nous adressons, et nous encourageons les candidatures féminines.

Orange : Almoktar, quelles sont vos attentes vis-à-vis de l’Europe et des grands groupes industriels qui vous soutiennent comme Orange ?

A. A. : Le lancement du CIPMEN et de SabouTech a été initié notamment par Orange, et des institutions ont été invitées à la table pour un partenariat public/privé. Cette organisation en association, au contact d’acteurs de poids, est très bénéfique au démarrage pour acquérir tous les outils, et facilite l’accès aux investissements pour nos start-ups. C’est ce genre de relation que nous voulons entretenir dans le futur.