Aider les enfants à être acteurs de la révolution numérique fait progresser le monde


La révolution numérique offre la possibilité d’effacer les inégalités et de construire des projets d’avenir. S’ouvrir à ces opportunités se prépare dès le plus jeune âge. Arielle Kitio, fondatrice de CAmeroon Youth School Tech Incubator (Caysti), nous explique comment sa start-up accompagne les nouvelles générations de l’Afrique subsaharienne à être acteurs du monde digital.

« J’ai la ferme conviction que l’inclusion numérique constitue l’un des leviers égalitaires de notre ère car elle peut rendre toutes les races, les sexes et les langues égaux. »

Arielle Kitio, fondatrice de Caysti
Arielle Kitio, fondatrice de la start-up Caysti

En quoi le numérique est-il vecteur de progrès ?

Arielle Kitio : S’approprier les outils numériques permet de créer de nouveaux projets dans notre monde connecté, de développer sa pensée critique et de se réaliser. J’ai la ferme conviction que l’inclusion numérique constitue l’un des leviers égalitaires de notre ère car elle peut rendre toutes les races, les sexes et les langues égaux. Dans un monde digital qui s’accélère, il est essentiel d’insuffler la passion de la science et de la technologie au plus grand nombre pour que les minorités ne soient pas en marge de ces opportunités.

En quoi réussir l’inclusion numérique en Afrique est-elle spécifique ?

A.K. : Dans un territoire aussi vaste que l’Afrique où se côtoient des langues, des religions et des ethnies locales, il est important de documenter les bases numériques, d’y décrire au mieux les réalités contextuelles.

Pour un Africain qui parle wolof, il y a un long chemin à parcourir pour apprendre les outils digitaux car la langue imposée dans ce domaine n’est pas sa langue naturelle.
Par ailleurs, les algorithmes d’apprentissage sont pour la plupart basés sur des données occidentales. Je pense à l’Intelligence Artificielle qui ne reconnaît pas encore un mariage africain traditionnel. L’algorithme se base sur un homme en costume noir et une femme en robe blanche alors que les coutumes locales africaines s’expriment en habits traditionnels, en boubou.

On doit apprendre à créer du contenu et des outils numériques qui saisissent complètement les spécificités liées à la culture, la langue et à les adapter aux réalités locales. Ceci est valable pour toutes les minorités en Afrique et ailleurs.

Quel a été le moteur de votre engagement ?

A.K. : A l’université pendant mes études d’ingénieur dans la filière informatique, je me suis rendue compte que les filles étaient moins intéressées par la technique, l’ordinateur et la configuration de réseaux. Elles déléguaient aux garçons qui, pour leur part, n’étaient pas au courant des opportunités ni des débouchés.

Cette appréhension et ce désintérêt étaient déjà ancrés au lycée. C’est la raison pour laquelle je suis convaincue qu’il faut accompagner l’apprentissage de la technologie numérique dès le plus bas âge, dès l’école primaire et secondaire.

Après avoir rejoint des communautés d’entraide pendant mes études, j’ai souhaité aller plus loin, mettre mon diplôme d’ingénieur en informatique et mon doctorat au service de l’éducation, de la diffusion du savoir technologique.

Quelle est l’ambition de Caysti ?

A.K. : L’ambition de Caysti (ouvre un nouvel onglet)est de créer les nouvelles générations de la technologie. J’aspire notamment à ce que les femmes ne soient pas exclues, à ce que la langue des minorités ne soit pas en marge.

Quelles sont les spécificités de vos outils d’apprentissage ?

A.K. : Nous nous appuyons sur des outils innovants et égalitaires. Caysti a créé abcCode : le premier logiciel de l’Afrique sub-saharienne qui initie les enfants au codage, à la robotique et aux bases de l’Intelligence Artificielle dans leur langue naturelle.

abcCode se situe à mi-chemin entre les approches d’apprentissage du code par le dessin et l’écriture du code. Le jeune apprenant est ainsi mieux préparé pour les langages de programmation «évolués ». Il a une meilleure maitrise des règles de sa langue naturelle. Ecrire son programme de façon ludique le rend plus conscient de sa pensée « algorithmique ».

Enfin, nos logiciels fonctionnent sans connexion à internet, ce qui s’avère nécessaire dans certaines zones urbaines et rurales d’Afrique.

Caysti : enfant et coach_2
Caysti : enfant et coach

Comment mesurez-vous la réussite de Caysti ?

A.K. : Plus de 5 000 jeunes de 7 à 15 ans ont été formés dans nos programmes extra-scolaires au Cameroun et en République Démocratique du Congo. Nous comptons 7 awards technologiques internationaux gagnés par nos apprenants. Nous venons d’être classés par l’Union Africaine parmi les 50 meilleures innovations dans le secteur de l’Éducation.

L’obtention en 2017 du POESAM et notre intégration au programme Women Start d’Orange en 2018 récompensent la vision et l’activité de notre start-up. C’est un véritable levier pour la croissance et le développement de notre activité.

Le Prix Orange de l’entrepreneur social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM (ouvre un nouvel onglet)) permet à des start-up d’être valorisées dans le milieu des technologies de l’information et de la communication.
Le prix a rendu possible le financement de points essentiels de Caysti et a apporté du crédit auprès de l’opinion publique. Des conseillers Orange suivent l’avancée de la start-up camerounaise.

Women Start (ouvre un nouvel onglet)est un programme Orange qui encourage l’innovation sociale et l’entrepreneuriat au féminin en France, en Afrique et au Moyen-Orient.
Selon Arielle Kitio, le dispositif lui permet de se connecter sur le contient et l’Occident. Des mentors Orange aident Caysti sur des aspects juridiques, financiers, RH et marketing. Orange Cameroun et le programme Women Start rendront possible la formation de 5 500 nouveaux enfants.

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